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Section Récolte et Préservation des insectes

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Comment conserver les larves d'insectes dans un liquide préservatif

Question de madame Suzanne Mercille (11 juin 2000)

bonjour,

j'enseigne en techniques agricoles au cégep de joliette et je désire récolter cet été des échantillons de larves de toutes sortes d'insectes afin que mes étudiants puissent identifier les différents stades, les pièces buccales et les ordres des insectes trouvés.  Ma question est: dans quoi puis-je conserver les larves afin qu'elles ne perdent pas leur forme et couleur.  J'ai déjà expérimenté de l'alcool à friction mais les couleurs disparaissent.  J'aimerais trouver un produit accessible et pas trop cher.

Merci pour une réponse

Réponse par Sylvain Côté
Bonjour, et merci d'avoir visité le site de l'AEAQ

Il est préférable de tuer les larves en les plongeant dans de l'eau chaude avant de les plonger dans le liquide préservatif afin qu'ils ne deviennent pas trop raides et qu'ils ne ratatinent pas trop. L'eau doit être très chaude mais pas bouillante sinon ils vont cuire. La température de l'eau du robinet est normalement assez élevée pour cela. On les immerge pendant une à cinq minutes (selon la taille de la larve) jusqu'à ce qu'ils commencent à gonfler. Pour les grosses larves, il est préférable de pratiquer une petite incisions avec un scalpel afin que les liquides puissent bien pénétrer le corps.

Pour les insectes imago (adultes) il n'est pas nécessaire de les tuer à l'eau bouillante et il est même préférable de les tuer en les mettant directement dans le liquide de préservation afin que ce dernier pénètre plus facilement par les stigmates, la bouche ou l'anus.

Ensuite, on les conserve dans de l'alcool éthylique (ETOH) commercial disponible chez les distributeurs de produits chimiques pour les laboratoires d'institutions comme la vôtre. L'alcool éthylique commercial contient environ 95 % d'ETOH et le 5% est composé d'autres liquides dont de l'alcool méthylique (alcool de bois) et n'est donc pas comestible (l'alcool méthylique peut causer la cécité). Si on ne peut se procurer de l'alcool éthylique commercial, on peut utiliser de l'alcool isopropylique (alcool à friction), disponible en pharmacie. La concentration de l'alcool isopropylique en pharmacie est normalement de 95 % et c'est trop concentré pour bien conserver les spécimens (c'est probablement pourquoi vos expériences passées n'ont pas donné de très bons résultats). Vous devez diluer l'alcool à environ 70%. On peut ajouter de l'acide acétique (vinaigre) et un peu de glycérine (voir solution AGA plus loin). L'acide acétique aide à conserver leur souplesse et la glycérine prévient la déshydratation si l'alcool s'évapore. La glycérine peut être omise dans votre cas à moins que vous ne gardiez les spécimens pendant plusieurs années. Si vous utilisez de la glycérine, rincez bien les spécimens avec de l'alcool à 40% avant la manipulation afin que les insectes soient moins collants. La solution AGA (Martin, 1983), garde les insectes mous et souples et est utile pour étudier l'anatomie externe car elle provoque un certain gonflement qui permet une meilleure observation des faces ventrales et dorsales de chaque segment. Toutefois, ce produit a tendance à décolorer les spécimens (comme tout liquide préservatif contenant de l'alcool) et à ne pas empêcher la décomposition des tissus internes (ce qui n'est pas si important que cela dans votre cas).

Il est aussi recommandé de remplacer le liquide de préservation par du liquide frais après quelques jours surtout si vous avez beaucoup de larves par bocal. Martin (1983) recommande de remplacer le liquide deux fois, soit une fois après un ou deux jour et une deuxième fois après sept à dix jours afin que les spécimens se conservent bien. Cette méthode aidera à conserver le plus possible les couleurs, mais elles finiront par disparaître quand même après quelque temps. Dans votre cas, je vous recommande de faire séjourner les spécimens dans une solution de 7 parties d'alcool à 95% et de 3 parties de vinaigre à 5% pendant une semaine et ensuite de les conserver dans la solution AGA. Il sera préférable de changer la solution encore une fois si vous voyez la solution se colorer (elle devient brune avec le temps).

Conservez vos spécimens dans de petites fioles de verre étanches remplies de solution et ensuite mettez ces fioles dans un plus grand bocal en verre hermétique (genre gros pot Masson) dans lequel vous ajoutez assez d'alcool pour couvrir les petites fioles. De cette façon, vous éviterez des surprises car les petites fioles ne sont pas assez étanches et l'alcool finira par s'évaporer rendant les spécimens inutilisables. Mettez une étiquette avec les renseignements d'usage (Localité, Date de récolte, collectionneur, notes biologiques) écrites avec de l'encre de chine avec les spécimens dans le bocal.

Voici la recette de la solution AGA

parties équivalent en ml pour faire un litre de solution
Alcool éthylique commercial (95%) 8 533 ml
eau distillée 5 333 ml
glycérine 1 67 ml
acide acétique glacial (100%) 1 67 ml

Et voici une recette alternative avec des produits domestiques. L'acide acétique glacial est pure. Si on substitue par du vinaigre blanc (acide acétique à 5%) on doit omettre les parties d'eau car le vinaigre blanc contient 95% d'eau. Évidemment on aura le tiers de la concentration en acide acétique, mais ça sera suffisant pour aider à garder les spécimens souples pour plusieurs mois.

parties équivalent en ml pour faire un litre de solution
Alcool isopropylique(95%) 8 533 ml
Vinaigre blanc (acide acétique 5%) 6 400 ml
glycérine 1 67 ml

Il existe aussi d'autres solutions pour la préservation, mais j'ai utilisé ce liquide à plusieurs reprises et j'ai obtenu de bons résultats.

Sylvain Côté

Références (ce livre n'est plus disponible malheureusement)
  • Martin, J.E.H. 1983. Récolte, préparation et conservation des Insectes, des Acariens et des Araignées. Les Insectes et Arachnides du Canada - Partie 1. Publication 1643, Agriculture Canada, 205 p

 


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